Le regard du GM Julien Monclar sur le refus d’engagement de Blois en Jeep Elite

Pascal Legendre
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Sur sa page facebook, le GM de l’ADA Blois Basket 41 Julien Monclar a réagi à la non qualification de son équipe en Jeep Elite par la Ligue Nationale de Basket. Voici ses écrits dans leur totalité:

« Si le basket ne vous intéresse pas, ne perdez pas votre temps à lire ce pavé, si au contraire vous aimez ce sport, notre sport, je vous invite à prendre 5 minutes de votre temps pour découvrir les dessous d’une INJUSTICE.

La saison 2017-2018 de l’ ADA Blois Basket 41, le club qui me fait confiance depuis 9 ans maintenant, a été EXCEPTIONNELLE en tous points :
– Nous avons pris en main le Jeu de Paume le 1er septembre 2017, la saison s’achève avec 11 soirées sold-out et un taux de remplissage spectaculaire
– Pour notre 2ème saison en ProB, la première dans une salle digne de ce nom, nous avons candidaté au Label Club (certification qualité du basket pro) et sommes depuis la semaine dernière le 1er club à recevoir le Label Bronze sans avoir de passé en ProA
– Quant au terrain… Une équipe qui restera dans les mémoires de chacun, des affiches folles et un titre de Champion de France ProB mérité.

Mais si j’écris ces lignes aujourd’hui c’est parce qu’il y a un PROBLEME.

Les instances du basket français viennent de nous engager en ProB. Autrement dit la ProA, la Jeep ELITE, bref la 1ere division, nous est refusée.

Le mérite sportif est-il bafoué ?
Il est simple de le penser mais c’est plus compliqué que ça. Le sport professionnel comporte des règles qui vont au-delà des lignes d’un terrain, et c’est très bien comme ça. Une victoire ou un titre qui ne respecte pas l’équité, la morale ou souffrant de flous financiers n’est pas méritée.
Je l’accepte.

Pourquoi pas de ProA donc ?
Voici une explication succincte : d’après les règlements de la Ligue un club accédant à la ProA doit avoir un centre de formation agréé. Cet agrément ministériel (en réalité largement piloté par la fédération) est délivré une fois par an, à l’issue de la saison. Ce centre de formation cumule des critères administratifs et sportifs.
C’est là que les incohérences démarrent : Un club ne peut légalement débuter sa démarche d’agrément que s’il est d’ores et déjà en ProB. Impossible donc pour un accédant de N1 d’être agréé.
Les clubs ne comptant pas de Centre de Formation AGREE peuvent néanmoins jouer en ProB, à condition de s’acquitter d’une pénalité financière de 100.000€ ou de compter des moins de 23 ans dans leur effectif au titre de la post formation. Cela tombe très bien, la post formation est l’étage manquant de la « fusée » basket français tant la frilosité des clubs et techniciens à faire confiance à des joueurs en début de carrière saute aux yeux de tous. Cela tombe bien, la post formation constitue un axe majeur de notre projet sportif, déjà développé en NM1 avec Tornato, Dinal, Gabsi et Cornely, puis en ProB avec Pontens, Hieu-Courtois, Ndoye, Ballo, Motti voire Roos.
Mais je vais y revenir.

Pas de centre de formation pour Blois, donc pas de ProA. Comment mettre en place un centre de formation alors que notre candidature au championnat de France U18 Elite a été refusée en 2016 et 2017 ?
Cette équipe est la base même du concept de centre de formation avec des joueurs/lycéens, sans cette équipe aucune avancée n’est possible. Elle nous a enfin été accordée en 2018. Visiblement trop tard.
Pour votre information, si les instances du basket français avaient accepté de nous engager en Jeep ELITE, la faute à un règlement que l’on peut considérer mal fichu, notre centre de formation aurait été dans les clous de tous éléments du cahier des charges dès septembre 2018 et la rentrée des classes.
En tout état de cause cette condition « centre de formation agréé » comporte plusieurs critères ECHAPPANT A NOTRE CONTROLE. Autrement dit nous subissons cette situation.

Mais peu importe assez parlé de nos petits problèmes, prenons un peu de recul.

L’EQUITE dans tout ça ?
Certains le disent : Blois est-il un vilain club qui profite de ne pas faire de centre de formation pour mettre le maximum d’argent sur l’effectif pro ?
Sachez que les centres de formation constituent le premier critère d’obtention de financements publics. A Blois les collectivités abondent à hauteur de 35% du budget de notre club. Ce n’est déjà pas mal me direz-vous, mais tellement modique par rapport aux subventions faramineuses constatées dans d’autres clubs.
Pas illogique puisque c’est pour que les jeunes étudient et jouent au basket. C’est pour cela que nous voulons un centre formation. Mais pour quel résultat ?
Quels clubs de ProB ont contribué au développement du basket français en faisant JOUER des jeunes joueurs français dans leur équipe pro (formés chez eux ou pas) ?
Quels clubs l’a fait plus que nous ?
Est-il plus facile de garder un gamin quelques années dans une structure largement subventionnée sans lui offrir d’horizon, ou de prendre un jeune et faire de lui un basketteur professionnel ?
C’est ce que nous avons fait à Blois avec les jeunes cités plus haut. J’en suis fier, on ne pourra pas nous l’enlever.

L’équité c’est aussi la transparence des chiffres et des contrats auprès des instances, c’est se tourner vers un modèle économique équilibré, c’est ne pas tricher.
C’EST CE QUE NOUS FAISONS.

Mérite sportif, mérite structurel, et surtout notre morale intacte.
Nous savons quelle place nous MERITONS.

Il ne s’agit pas de se prendre pour ce que nous ne sommes pas : notre salle demeure modeste, Blois n’est pas une métropole européenne attractive, pas de mécène faramineux, pas de joueur NBA icône du club, un territoire méconnu…
Peu d’arguments font de nous le club de basket qui va susciter les coups de pouce.
Je suis réaliste : sur le plan du potentiel notre place, si tout va bien, est entre la 15e et la 25e pour un club pro de basket en France.

Mais le sport c’est aussi la surperformance. C’est surtout de belles histoires. Priver Blois de son petit passage dans l’élite est un non-sens, une ERREUR.
Un club cité en exemple pour sa gestion financière, par la FFBB puis la LNB, récompensé pour sa structuration (y compris par rapport à des clubs de ProA) qui réalise une performance sportive hors norme… Quoi de plus sain ? Quoi de plus positif pour notre petit basket ?
Est-ce que le sport n’est pas cette allégorie de l’effort, le symbole qui permet à chacun de croire qu’en faisant le maximum ensemble on récoltera les fruits de notre travail ?
N’est-ce pas le genre d’histoires et de trajectoires dont le sport doit se féliciter ?
Le basket français peut-il décemment s’en priver ?

Notre petit basket tant aimé, malgré un potentiel incroyable, vivote dans le « marché » qu’est devenu le sport pro en France.
On se fait défoncer par le rugby et le hand en terme de croissance, ça donne envie de pleurer sans même commencer à comparer la qualité de la proposition de spectacle sportif.

Dans ce contexte est-ce que notre petit cas particulier ne devient pas la caricature de l’étrange saison vécue par notre basket, celui que nous aimons ?
En 2017-2018 les 4 premières divisions de notre basket ont été galvaudées :
– N2 : 4 clubs devaient monter en N1 ; en cours de saison nous apprenons que ce sera 8, plus 2 « wild cards » (invitations) attribuées selon des critères X.
– N1, aaaah la belle N1 que nous avons si bien connue, l’antichambre du basket pro. Passage de 18 à 28 clubs, donc pas de descente (contradiction avec les règlements qui imposent un minimum obligatoire de 2 descentes par saison). Des Playoffs risibles avec des contrats ne respectant pas la durée prévue par la convention collective et une situation ubuesque où des demi-finalistes se retrouvent dans l’incapacité d’aligner leurs joueurs…
– La ProB dont le Champion se fait sanctionner en dépit du bon sens par une décision d’une dureté sans précédent, et qui concomitamment s’apprête à accueillir un club OVNI sur le point d’arriver d’on ne sait-où (aussi souhaitable pour le basket français soit-il).
– La ProA sans relégation puisque le sort du dernier du classement était entendu depuis bien longtemps côté contrôle de gestion, et que l’autre relégué se retrouve possiblement sauvé des eaux par un concours de circonstances. Une Ligue quasi fermée de fait donc, mais sans les avantages…

Je vous épargne les wild cards N3 qui fleurissent partout, nous le savons puisqu’on nous a DEMANDE de faire un dossier en avril (mails et appels à la clef), pour finalement nous signifier le refus de notre dossier en mai…
Essayez de comprendre !
Une sacrée tambouille donc… Pour ma part tous ces tours de passe-passe peuvent être acceptables, s’ils respectent 2 conditions :
– Intérêt Général
– Cohérence

En principe l’intérêt général doit être l’affaire de nos dirigeants, laissons-les faire on jugera sur pièce…
En revanche assister pendant le même été à une foire aux « wild-cards » et à la pire sanction imaginable pour un club champion est d’une INCOHERENCE TOTALE.

Vous savez tout, il faut être rassurant : tout cela n’est QUE du sport, qu’un aléa professionnel, une déception pour les plus passionnés.
Le sport étant une petite métaphore de la vie, nous devons faire preuve de RESILIENCE et continuer à faire valoir notre droit et notre MERITE, puis poursuivre le chemin avec passion et détermination quel que soit le terrain sur lequel nous devrons évoluer. »

Lire aussi... (et ce ne sont PAS des pubs)

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