Le Livre d’Or du Basket 2021 : Un indispensable classique

En amont des fêtes de fin d’année, Solar sort son traditionnel Livre d’Or sur le basket avec comme plume Thomas Berjoan, qui fut notamment journaliste à Basket News, Basket Hebdo et BAM. La préface est signée Nicolas Batum.

Il s’agit de votre combientième Livre d’Or et quels sont les ouvrages que vous avez écrits par ailleurs ?

Alors, ma première participation au Livre d’or du basket remonte à l’édition 2010. A l’époque, on l’avait signé à trois avec Fabien Friconnet et Pierre-Olivier Matigot. Ensemble, on a écrit les éditions 2010, 2011 et 2012. Les deux suivants, on les a pondus avec Fabien. Et à partir de 2015 jusqu’à aujourd’hui, je vole en solo. C’est donc mon onzième Livre d’Or puisque, ceux qui sont forts en calcul mental l’auront remarqué, il n’y a pas eu d’édition 2020 en raison de la pandémie. Je me suis rattrapé en publiant l’année dernière avec Yann Ohnona de L’Equipe, une biographie au format beau livre chez Solar toujours du regretté Kobe Bryant. Avant ça, chez Solar en 2016, j’ai sorti American Dream, qui retrace l’épopée des Français en NBA. J’ai aussi sorti chez Marabout une biographie de Stephen Curry en 2017, La révolution, puis une de LeBron James en 2018, Le destin du King, pour finir avec une traduction augmentée en 2019 de la bio de Kevin Durant de l’excellent Marcus Thompson, En quête de perfection. Il me manque un dernier joueur, plutôt un intérieur je pense pour boucler mon cinq de rêve de cette génération. J’y travaille !

La demi-finale France-Slovénie est-elle la plus forte émotion que vous avez ressenti dans votre carrière de journaliste ?

C’était incroyable. L’action de Nicolas Batum, qui a signé justement la préface du Livre d’or 2021 pour raconter ce contre sur Klemen Prepelic, est sublime. Totalement iconique. Elle va rester comme l’image des jeux, et une des images marquantes de l’histoire du basket français. Peut-être la plus marquante de l’histoire, vue qu’elle a eu lieu sur la plus grande scène sportive, à notre époque où les images sont si importantes, produites, partagées, commentées en direct et par tout le monde. Je suis vraiment content pour Nicolas en tout cas. Mais ce n’est pas ma plus forte émotion. Peut-être que je vieillis aussi (rires). J’en ai vécu deux plus fortes. La première reste la victoire sur l’Espagne en demi-finale de l’Euro 2013. La dramaturgie est folle. On a frôlé la correctionnelle en première, la révolte en deuxième est magique. La fin de la rencontre et la prolongation sont irrespirables. Ce n’est plus du basket, c’est une baston, un match de boxe. Chaque panier peut envoyer l’autre équipe au tapis. La délivrance finale reste au-dessus de tout ce que j’ai connu. Après, à l’inverse total, la demi-finale perdue de 2005 contre la Grèce, ces 40 secondes où tout s’écroule, chaque action est un désastre. La bérézina, le naufrage. C’était ma première compétition vécue en tant que journaliste pro, j’étais complètement à fond, j’ai déprimé pendant une semaine derrière. Dix ans plus tard, pour la demie de l’Euro perdue à Lille devant 27 000 personnes, j’avais le cuir plus tanné. Mais je fais encore des cauchemars de ce match de Pau Gasol…

Avez-vous crû véritablement à la possibilité de faire tomber les Etats-Unis en finale ?

Je ne donnais pas la France favorite. Mais je croyais vraiment que c’était possible. Pour être honnête, je croyais moins à la victoire contre Team USA en ouverture de la compétition. Mais cette année, les Bleus ont fait de moi un croyant. 2021 est le chef d’œuvre de Vincent Collet. 2014, pour le quart de finale gagné en Espagne contre l’Espagne au complet – sans Tony Parker – était déjà une partition parfaite. Mais sur un match. L’équipe n’a pas su renouveler ça en demie contre les Serbes. En 2021, la discipline, l’intelligence tactique et l’état d’esprit de la France sur toute la compétition sont parfaits. La volonté de trouver la bonne solution, de partager en attaque, le sacrifice en défense, la capacité des rotations à apporter, la complémentarité de l’ensemble. Une merveille. Tous ces éléments donnaient de la confiance pour la finale. Après, j’avais saisi que les Américains s’étaient fait cueillir à froid et qu’ils montaient en puissance. Je me doutais aussi que Durant et Popovich ne tomberaient pas deux fois dans le panneau des fautes provoqués par nos intérieurs. Même s’ils n’avaient pas de solution. Cela avait vraiment sorti KD de son match sur le premier affrontement. Il s’est adapté, quitte à laisser Gobert manoeuvrer. Et d’autres ont fait les fautes. Durant est trop précieux, il était l’assurance tout-risque de ce groupe. Et il l’a prouvé à nouveau en finale. Nous n’avons pas de joueur de ce niveau-là, c’est pourquoi une victoire aurait été un exploit fabuleux.

Pensez-vous que l’équipe de France peut bâtir une dynastie à l’image de ce qu’a fait l’Espagne ?

La barre est haute. Ce qu’a fait l’Espagne entre 2001 et 2021, qui correspond au bail de Pau Gasol avec la Roja est tout simplement exceptionnel. Les planètes se sont alignées pour le basket espagnol, qui va maintenant découvrir le processus douloureux qui consiste à passer à un nouveau chapitre. Ce qui est formidable pour la France, c’est que les départs de la génération Parker-Diaw-Piétrus sont digérés. 2016 et 2017 ont été des années difficiles mais la continuité avec Vincent Collet, Batum et Nando De Colo, le processus de reconstruction de la sélection et d’un état d’esprit à travers les fenêtres FIBA, et l’arrivée à maturité de Rudy Gobert et Evan Fournier sont les fondations des succès actuels depuis 2019. Mais pas de dynastie sans titre. Les places d’honneur, notamment dans les tournois mondiaux, sont remarquables mais rien ne vaut le fait de soulever un trophée. Pau Gasol en a soulevé quatre ! Donc je trouve formidable de s’inspirer de l’Espagne, maintenant il faut gagner l’Euro 2022 et la World Cup 2023 ! Pour finir, je trouve génial d’avoir des leaders comme Fournier et Gobert avec une ambition, des prises de paroles et les actes derrière pour assumer, dont même Tony Parker n’aurait jamais rêvé. TP n’a jamais imaginé gagner les JO. Fournier et Gobert oui. Mais il reste le seul à avoir porté les Bleus à un titre.

Quelle est votre analyse sur le parcours des Bleues à l’Eurobasket et aux Jeux Olympiques ?

Quel été pour les Bleues ! Deux médailles dont une olympique… et une coach virée ! Enfin, au contrat non reconduit. Je crois que cela en dit surtout long sur l’exigence qu’on a désormais pour ce groupe. Le début de l’Euro a été exceptionnel, avec une attaque de fou, sans doute la plus belle qu’on n’ait jamais vue en équipe de France. Bon, les premiers matches étaient face à une opposition modeste mais quand même ! Plusieurs générations cohabitaient au sommet, la longueur de banc était là, la puissance intérieure… Même avec la blessure d’Olivia Epoupa, on ne voyait pas ce groupe dérailler. Et puis ce match terrible face à la Serbie en finale. Ce qui m’a frappé, c’étaient le langage corporel des Bleues. En face les Serbes étaient conquérantes, respiraient l’agressivité mais aussi la joie. Les Françaises ont rapidement baissé la tête, se sont énervées, râlaient contre les arbitres. Quelle déception ! Encore une fois, comme en 2013 contre l’Espagne et en 2015 contre la Serbie déjà, les Bleues sont plus fortes mais perdent. En 2017 et 2019, c’est différent. Pour moi, l’Espagne est clairement au-dessus. Après, le rebond aux Jeux est d’autant plus beau du coup. L’arrivée de Marine Fauthoux et d’Iliana Rupert a fait beaucoup de bien au niveau de la fraîcheur mentale. Le quart contre l’Espagne avec le tir décisif de Marine Johannès était excellent, la revanche contre la Serbie pour le bronze éclatante, dix-sept heures seulement après la déception de la défaite en demie contre le Japon de la fabuleuse Rui “Nash” Machida. Bref, des montagnes russes pour les Bleues cet été, mais un feuilleton génial à suivre.

Avez-vous été séduit par le tournoi olympique de 3×3 ?

Oui ! C’était vraiment sympa. Je me suis pris au jeu. J’ai bien ragé contre l’arbitre à la fin de la demi-finale des Bleues. Dommage ! Je trouve que la discipline fonctionne vraiment bien, c’est rythmé, intense. Moi, je suis un puriste du basket, je vis avec depuis tout petit et le 3×3 est une discipline toute neuve encore. Mais les retours, ce que j’ai entendu de toutes parts pendant les Jeux, étaient très positifs. Cela va vraiment permettre de faire grandir notre sport, la pratique mais aussi la visibilité. La coupe d’Europe récemment organisée par la FIBA et la FFBB dans le décors fabuleux du Trocadéro à Paris a permis de poursuivre la dynamique des Jeux. C’était super et ça va l’être encore plus dans les années à venir.

Quels sont les autres thèmes majeurs que nous pouvons trouver dans cette édition du Livre d’Or ?

Le titre des Bucks et de Giannis en NBA, évidemment. Le titre de l’ASVEL en France, celui de Basket Landes, le dernier coup en date de Céline Dumerc, je parle aussi beaucoup de la saison européenne des clubs français. Une grande analyse sur Rudy Gobert, un portrait de Victor Wembanyama, évidemment, la licorne du basket français, un portrait de Nicolas Lang et plein d’autres choses encore. Je tiens aussi à remercier le coach de la JL Bourg Laurent Legname, qui a été mon consultant technique sur plein de sujets, et qui a un oeil intéressant et un franc-parler précieux. Bref, je ne saurai trop vous conseiller ce livre pour la fin d’année ! Il y a plein de livres supers qui sortent en ce moment sur le basket, quelle chance !

Le Livre d’Or du basket 2021 par Thomas Berjoan. Préface de Nicolas Batum. Editeur : Solar Prix : 29,90 Sortie le 11/11/2021

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