Cela n'est plus une surprise pour personne, l'AS Monaco ne vit pas ses meilleures heures sur les plans financiers et administratifs. Des déboires qui ont même déteint sur le sportif, que ça soit lorsque les Monégasques ont été étrillés par l'Olympiakos en playoffs d'Euroleague, ou quand ils ont enchaîné deux piquettes face à Paris (95-123) puis Boulazac (92-74) pour clore la saison régulière de Betclic Élite, laissant par la même occasion la première place aux Parisiens.
La faute notamment à de nombreuses absences au sein de l'effectif (Daniel Theis, Alpha Diallo, Nikola Mirotic), qui avaient forcé l'entraîneur Sergii Gladyr à faire appel aux Espoirs. Si ces derniers sont loin d'avoir été ridicules, ils étaient naturellement encore trop timorés pour les joutes de l'élite du basket français. À l'approche des playoffs, l'atmosphère autour de la Roca Team était donc très indécise. D'autant plus quand le meneur star Mike James, suspendu sur la fin de régulière, décida de boycotter les deux premiers tours de la post-season.
Malgré tout, et avec un groupe réduit à sept pros, le club de la Principauté s'est défait assez aisément de la JL Bourg, pour qui la campagne d'Eurocup s'était avérée éprouvante. L'heure était désormais aux demi-finales, où un adversaire atypique attendait les Monégasques. En effet, malgré le monde qui les sépare sur le papier, Nanterre semblait avoir toutes les cartes en main pour embêter le vice-champion de France, mais Sergii Gladyr avait tous les atouts dans sa manche.
Les valets sont devenus rois
Longtemps dans l'ombre de Mike James, qui de par son aura et son talent tend à accaparer l'attention, si bien des défenses que des observateurs, Matthew Strazel et Élie Okobo allaient devoir se sublimer. Pour lancer la série à Monaco, chacun ont eu un bon match au scoring, mais pas en même temps. Résultat ? Une série à 1-1 au moment de se rendre à Maurice-Thorez, qui attendait une demi-finale de play-offs depuis sept ans. Autant dire que cela aurait vite pu tourner au vinaigre.
Et pourtant, comme pour respecter l'adage des grands joueurs de basket, c'est à ce moment-là que le duo s'est sublimé. Lors du match 3, peut-être le plus important, le tandem a rayonné, avec 44 points inscrits à lui seul. "On a tout fait pour les mettre dans les meilleures conditions, racontait le jeune Kyllian Michée après le match. Avec l'absence de Mike, ils ont élevé leur niveau. Ce sont des joueurs incroyables, super talentueux qui se mettent au service de l'équipe."
De quoi guider les leurs vers un succès précieux (61-83), lors duquel Nanterre s'est retrouvé sans solution pour contenir le duo, comme l'avait détaillé l'intérieur Lucas Dussoulier. "La solution magique [pour défendre Strazel et Okobo], je ne l'ai pas. C'est des joueurs talentueux, qui font ce genre de choses même en Euroleague. Collectivement, on doit essayer de les diminuer, les mettre dans des situations moins confortables."

Facile à dire, bien moins à effectuer. Et pourtant, il est clair que les Nanterriens ont essayé. Cela semblait même bien embarqué en début de match 4. Strazel avait été forcé à perdre la balle d'entrée (0-0, 1ere), les locaux shootaient à 50% de réussite de loin (6/12 pour démarrer), et Okobo aurait même terminé le premier quart muet au scoring s'il n'avait pas envoyé une bombe venue d'ailleurs au buzzer (24-17, 10e).
😱 | Élie Okobo avec le BUZZER BEATER !
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Nanterre mène de 7 points à la fin du 1er quart-temps dans ce match 4 !
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89 points en 48 heures !
En plus de permettre aux siens de mieux respirer, ce tir a également sonné le réveil du meneur tricolore. Comme il y a 48 heures, Okobo est sorti de sa boîte dans le deuxième quart. Tir à 3-points, à mi-distance, gros and one en pénétration, passes géniales pour ses coéquipiers, tout son jeu a été dévoilé, mais il a quand même raflé la mise. "C'est magnifique d'avoir ce type de joueurs, réagissait son entraîneur en après-match. C'est lui qui a pris les responsabilités la majorité du temps aujourd'hui."
Avec 15 points à la pause, et 13 pour son acolyte des lignes arrières, Okobo avait remis Monaco à flots quasiment à lui seul, et la qualification se dessinait déjà (37-49, 20e). Nanterre n'avait cependant pas dit son dernier mot, et revint même à 4 unités de leurs visiteurs dans le troisième quart (52-58, 28e).
Pas de quoi faire paniquer les deux héros de la Principauté, déterminés à assumer leur nouveau statut. En bons rois, ils ont d'ailleurs su déléguer, laissant Yoan Makoundou, Juhann Begarin ou encore Jaron Blossomgame trouver de belles positions en attaque pour garder le cap. Mais quand il a fallu mettre le coup de grâce, les deux tueurs sont de nouveau sortis de leur boîte.
Quand l'espoir existait encore dans les travées de la salle nanterrienne, Élie Okobo a porté le premier coup d'un tir à mi-distance joyeux pour reprendre le large (70-79, 36e), avant que son compère ne vienne clore les débats d'un nouveau tir primé (71-87, 38e). C'est simple, à eux deux, ils ont inscrit 89 des 172 points de Monaco sur les deux rencontres remportées à Nanterre. Si ça ne s'appelle pas porter une équipe...
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En tout cas, peu importe le nom que porte ce genre de performance stratosphérique, le capitaine adverse Benjamin Sène ne pouvait qu'applaudir en conférence de presse. "On le voit sur les deux matchs ici. On n'a pas réussi à les stopper ou à faire un peu baisser leur pourcentage. C'est ça qui nous a mis en difficulté, mais il faut le reconnaître. Ils ont ce talent-là, qu'on a eu du mal à stopper. C'est ça qui a fait la différence ce soir parce qu'on a été, collectivement, solides sur ce qu'on voulait faire. Après, ils ont eu beaucoup d'iso sur les fins de possession et ont été très efficaces là-dessus. On peut leur concéder ça."
"Là, il faut vraiment leur rendre hommage, appuyait le tacticien francilien Julien Mahé. Quand on est capable d'assumer à chaque match des prestations de ce type-là, avec en plus de l'adresse au tir... Ils ont mis des tirs, une nouvelle fois, très compliqués. Mais pour moi, le fait qu'ils aient 22 lancers francs, c'est beaucoup trop, on ne peut pas les laisser nous faire mal à l'extérieur et sur la ligne des lancers."
Strazel ne s'est pas fait que des amis
Si cette régularité affichée par Élie Okobo n'a pas de quoi choquer, lui qui a tout de même été élu MVP de la saison régulière en Betclic Élite, Matthew Strazel démontre pendant ce divin run une capacité à enchaîner les performances offensives de haut vol qu'on ne lui connaissait que trop peu jusqu'ici. Et autant dire que cela n'a pas ravi tout le monde. En tout cas pas le public de Maurice-Thorez, loin de s'être montré tendre avec le Villeurbannais lors des deux rencontres qu'il y a disputé.
🤫 | Matthew Strazel ne s’est pas fait que des amis du côté de Nanterre. 💢 #BetclicÉlite
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Tout a démarré lors du match 3. Le Français a inscrit un gros and one et bombé le torse vers un ami assis en tribunes. Un membre du public local a pris cela comme de la provocation et a violemment invectivé le meneur, faisant de ce dernier l'ennemi public numéro 1 de la salle.
Conspué ce lundi à l'annonce de son nom, puis sur presque chacune de ses touches de balle, l'international français a répondu sur le terrain. Ces huées étaient même certainement un boost d'après son coach. "C'est toujours une motivation supplémentaire quand le public est contre toi. Tu veux montrer ton meilleur niveau."
Quoi qu'il en soit, les Monégasques n'ont pas pris le temps de s'attarder sur l'extra sportif, comme souvent ces derniers temps. Il faut avouer que ce n'est sûrement pas le sujet qui amuse le plus dans le vestiaire, mais le fait est que les regards sont déjà tournés vers la finale, comme l'a décrit Gladyr. "On a réussi l'objectif de la semaine, mais pas celui de la saison. [...] On veut gagner tous les titres."
Et pour ça, nul doute que l'Ukrainien voudra continuer de s'appuyer sur son tandem magique pour défier soit Paris, soit Cholet...
Au Palais des Sports Maurice-Thorez, à Nanterre


