S'il est vrai qu'aujourd'hui, absolument tous les fans de basket européen connaissent le nom de Mike James, autant dire que ce n'était pas gagné au début de sa carrière. Arrivé sur le Vieux Continent sur la pointe des pieds via des championnats de troisième zone, l'Américain a dû se battre pour se faire sa place et devenir l'un des meilleurs joueurs de l'histoire du continent.
Avant le Final Four à Abou Dabi (23-25 mai, demi-finale contre l'Olympiakos), qui sera son troisième et pourrait être synonyme de premier titre aussi bien pour Mike James que pour l'AS Monaco, voici 10 faits marquants sur le parcours du meilleur marqueur de l'histoire de l'Euroleague et MVP de la compétition en 2024.
1. Un record à l'université
Si Mike James n'a jamais été considéré comme un prospect de premier plan aux États-Unis, ses débuts à l'université laissaient tout de même présager un immense talent. Passé sous les radars des grandes facs, il n'a pas rejoint tout de suite la division 1 de la NCAA et a dû faire ses gammes à l'université d'Eastern Arizona en NJCAA. Au milieu de nulle part (à Thatcher, petite ville de 5 000 habitants), il n'avait pas de quoi être trop distrait et en a profité pour parfaire ses gammes. Ce qui lui a permis de tourner à 26 points de moyenne lors de sa deuxième année dans l'Arizona.
Après quoi le natif de Portland est repéré en NCAA et s'engage à Lamar, où il est rapidement entré dans l'histoire. Dès son huitième match dans sa nouvelle équipe, face à l'université chrétienne de Louisiane, le meneur est sorti du banc pour scorer 52 points à 18/35 aux tirs. Un coup de chaud qui reste encore aujourd'hui la meilleure performance au scoring sur un seul match de l'histoire des Cardinals.
2. Entré par la petite porte en Europe
Non drafté malgré ses bonnes performances à Lamar, Mike James a donc fait le choix de s'expatrier sur le continent européen à 22 ans. Là encore, l'intéressé n'est pas encore un homme de premier choix en Europe et rejoint le KK Zagreb, en première division croate. Rapidement, le poste 1 a impressionné par sa capacité à scorer. Ses 19 points de moyenne lui ont valu d'être repéré en Italie, où il signa... en troisième division (A2 Silver) du côté du Paffoni Omegna.
Il continua de progresser, devenant rapidement le joueur majeur (22,9 points, 5,6 rebonds, 5,1 passes décisives) du club, qui termina quatrième au bord de la montée en deuxième division. « Ce gars pourrait jouer en D2 », entendait alors régulièrement son coach Giampaolo Di Lorenzo. Ce dernier ne targue d'ailleurs pas d'éloges sur son ancien protégé, et déclarait cela à son propos pour Basket Le Mag.
"Mike est un gars très sensible qui a dû beaucoup se battre dans son parcours pour se faire remarquer. Et le basket est pour lui l’expression maximale de ce qu’il est, et qui conque s’oppose à lui devient un ennemi potentiel."
Cette saison-là lui ouvrit finalement de bien meilleures portes. Michalis Koutalianos, coach du Kolossos Rhodes, club évoluant en première division, remarqua le talent du jeune Américain via des highlights, et le fît venir de sitôt contre 5 000 $ par mois et un buy-out de 20 000 $. Une clause levée après à peine 8 matchs de championnat grec (à 21 points de moyenne et 40 % à 3-points) qui lui valu d'être repéré par Baskonia où il découvrît finalement l'Euroleague à 24 ans, à l'issue d'un parcours aussi semé d'embûches mais couronné de succès.

3. Deux passages pour trois franchises en NBA
Comme pour beaucoup de jeunes joueurs américains, le souhait de Mike James n'était pas forcément de devenir une star en Europe. Plus attiré par la NBA, le meneur s'est heurté à un mur lorsque son nom n'a pas été appelé lors de la draft 2012. Pourtant, selon son coach à l'université d'Eastern Arizona, Maurice Leitzke, James a toujours eu les qualités pour s'imposer en NBA.
"Mike a le talent pour la NBA, aucun doute, c’est juste une histoire d’opportunités. [...] Si vous le mettez dans un gymnase contre des arrières de niveau NBA, il a tous les outils qu’ils ont dans leur jeu, et il en a même plus que la plupart de ces gars."
Mais, après s'être fait un nom et une réputation sur le vieux continent, la Grande Ligue a enfin fait les yeux doux au "Natural", qui a connu sa première Summer League avec les Phoenix Suns en 2015, avant d'y signer un contrat two-way et de disputer son premier match NBA face à la franchise de sa ville natale : les Portland Trail Blazers.
Tout semblait enfin sourire à Mike James qui, auteur de débuts plutôt prometteurs, à l'image de ses trois matchs à plus de 20 points, paraissait bien parti pour réaliser son rêve de s'imposer durablement en NBA. Seulement, malgré les bonnes performances de son meneur, dont le contrat a été converti en contrat normal d'une saison, Phoenix décida de le couper en décembre. S'en suivit une courte aventure aux New Orleans Pelicans, où il fût de nouveau coupé après quatre petits matchs et fît ensuite son retour en Europe en retournant au Pana.
Alors âgé de 27 ans, on pourrait se dire que les rêves de NBA de Mike James seraient forcés de s'estomper. Que nenni. Toujours attiré par les États-Unis, il eut l'opportunité d'y retourner en 2021, lorsque les Nets lui proposèrent un contrat de 10 jours qu'il accepta volontiers. Convaincant, le meneur qui a désormais atteint la trentaine obtint un deuxième contrat de 10 jours, qui se fût finalement converti en contrat valable jusqu'à la fin de la saison. Cette fois-ci, il termina bien l'exercice 2020-2021 en NBA, en disputant notamment les playoffs pour la seule fois de sa carrière.
MIKE! JAMES! pic.twitter.com/P8YjiTiaqV
— Talkin’ Nets (@TalkinNets) June 6, 2021
4. Un e-mail lourd de conséquences à Milan
Vraie star de l'équipe de Milan lors de la saison 2018-2019, Mike James a, à l'intersaison suivante, reçu un mail déconcertant de la part du nouvel entraîneur du club, Ettore Messina. Une situation que Mike James a pu expliquer, dans le podcast Off the RECourt, de Shane Larkin, il y a quelques années.
"D'abord, je reçois un texto de mon agent qui me dit 'tu as vu tes mails ?'. Je me dis 'mais pourquoi est-ce que je regarderais ça ?'. Je suis allé jeter un œil, et ce n'était pas un mail de sa part, mais du GM (également coach), qui disait 'tu n'auras pas la moindre minute cette année, donc tu devrais trouver une nouvelle équipe'. Aucune minute ? J'étais choqué."
Une nouvelle d'autant plus surprenante que Mike James était de loin le leader du club. Meilleur scoreur (19,6 unités) et membre de la All-Second Team en Euroleague, le natif de l'Oregon venait de boucler sa meilleure saison en tant que première option d'un grand club européen. Malgré cette fin d'aventure tumultueuse pour son deuxième passage en Italie, il n'a pas vraiment galéré à trouver une porte de sortie, en signant au CSKA Moscou, où là aussi l'aventure n'a pas été de tout repos...
Mike James is the Alphonso Ford Trophy Winner! ➡ https://t.co/hhY6TG9bQk#WeNotMe #EuroLeague #GameON pic.twitter.com/j3qUMOL5nI
— Olimpia Milano (@OlimpiaMI1936) May 6, 2019
5. Rebelote en Russie
Une fois arrivé en Russie, Mike James s'est d'abord illustré sur les parquets, grâce à ses performances toujours aussi impressionnantes. Sa première saison est excellente. Si celle-ci fût écourtée en raison de la pandémie, les dirigeants moscovites estimèrent en avoir vu assez pour prolonger l'Américain sur les trois saisons suivantes. Mais rapidement, l'extra-sportif a pointé le bout de son nez, et a considérablement impacté son passage au CSKA.
D'abord accusé de s'en être pris à son coéquipier Tornike Shengelia - rumeurs que James et son coéquipier ont tous les deux démenties - en janvier 2021, les choses se sont rapidement accéléré. Interdit de déplacement aux États-Unis alors qu'il souhaitait s'y rendre pour assister à l'enterrement de son grand-père, le meneur a rompu avec le club. S'en suivit une suspension pour un match, puis une nouvelle, cette fois-ci en décision de son entraîneur, Dimitris Itoudis, et sans nombre de rencontres précisé, qui marqua la fin de son aventure en Russie. Son contrat, pourtant prévu pour durer deux années supplémentaires, est rompu en septembre 2021, peu avant qu'il ne s'engage avec Monaco.

6. Kevin Durant ? Un grand ami...
Comme évoqué plus tôt, Mike James a fait un saut par les Nets en 2021, où il a notamment rejoint Kevin Durant, qui a, selon Eurohoops, joué un rôle déterminant dans son arrivée à Brooklyn. "Si on a une chance de faire venir Mike [James], faisons-le", aurait réclamé la superstar à son front office, avant de finalement voir son vœu exaucé. Si les deux copains ont été séparés suite à leur défaite cruelle en 7 matchs face au futur champion Milwaukee et le retour de Mike James en Europe, du côté de Monaco, leur amitié continua à se manifester malgré la distance.
😎 𝐊𝐞𝐯𝐢𝐧 𝐃𝐮𝐫𝐚𝐧𝐭 ʙᴀᴄᴋ ɪɴ ᴅᴀ ʜᴏᴜsᴇ 📌#PlayoffsBetclicELITE pic.twitter.com/bl4V7LNqMo
— AS Monaco Basket 🇲🇨 (@ASMonaco_Basket) May 24, 2023
En effet, KD a été aperçu à plusieurs reprises à Gaston-Médecin où il est venu supporter Mike James et l'ASM. Ce fût par exemple le cas lors du match 4 entre les Monégasques et l'Olympiakos en 2022. Rencontre que James et les siens ont remporté, notamment grâce à une grosse performance du meneur (18 points, 6 rebonds et 4 passes) ainsi qu'un Kevin Durant très investi en bord-terrain, debout sur chaque panier de la Roca Team. Admiratif du spectacle, le double champion NBA est revenu sur le Rocher l'année suivante, cette fois-ci pour un match de play-offs en Betclic Élite.

7. ... pas comme Stephen Curry
Néanmoins, Mike James ne s'est pas fait que des amis parmi les Warriors doublement titrés en 2018 et 2019. En effet, il a même eu une sorte de "beef" à distance avec Stephen Curry, légende absolue de Golden State et coéquipier de Durant pendant trois saisons. Tout a commencé en 2022, lors d'un podcast où le meneur, déjà à Monaco depuis un an, parlait de sa vision du jeu du quadruple champion NBA, remettant en cause sa polyvalence.
"Steph, la manière dont il joue, c'est assez unidimensionnel parfois. Il n'est pas souvent le principal manieur de ballon, et pour un meneur, ça me dérange un peu. [...] Si tu le mets à Minnesota, ça resterait un tueur, mais je ne sais pas s'il serait le même joueur."
Alors qu'il sortait d'un nouveau titre de champion NBA, auréolé de celui de MVP des finales, le principal intéressé a tenu à répondre aux commentaires du Monégasque. Tout sourire et sur un ton assez rieur, le Chef a tourné l'avis de Mike James en auto-dérision, en déclarant lui-même qu'il se trouvait "unidimensionnel", avant d'éclater de rire et de dire, ironiquement, qu'il avait "beaucoup aimé" la déclaration de Mike James. Ce dernier a d'ailleurs tenu à clarifier ses propos, signalant qu'il n'avait aucun problème avec Curry, et avouant même qu'il avait "changé le basket".
"Even as one-dimensional as I am."
— The Sporting News (@sportingnews) August 5, 2022
Steph Curry is petty 😂
📹 @Caleb_Hanna_ pic.twitter.com/GRkNUAlRX2
8. Le numéro 1 en Euroleague
Passé par certaines des plus grandes écuries européennes, Mike James a souvent, voire quasiment tout le temps, joué les premiers rôles en Euroleague. Après avoir définitivement éclos à Baskonia, confirmé à deux reprises du côté du Panathinaïkos, puis été pointé du doigt pour son comportement à Milan comme à Moscou, l'Américain a atterri à Monaco. Sur le Rocher, il a gagné en maturité et soigné sa réputation.
Désormais leader d'une équipe on ne peut plus ambitieuse, James a pris son rôle à cœur et s'est stabilisé au-dessus de la barre des 15 points de moyenne sur la scène européenne. Au court de son troisième exercice avec la Roca Team, le meneur est même devenu le meilleur scoreur de l'histoire de l'Euroleague, lors d'un match contre l'Étoile Rouge de Belgrade où il inscrivit 20 points.
Une performance lui permettant de dépasser les 4 455 unités de Vassilis Spanoulis, jusque-là détenteur de ce fameux record. Le Monégasque a d'ailleurs continué d'étoffer ce total, devenant cette année le premier joueur à franchir la barre des 5 000 points inscrits dans la plus grande compétition européenne.
🐐 𝑮𝒓𝒆𝒂𝒕𝒏𝒆𝒔𝒔👏
— AS Monaco Basket 🇲🇨 (@ASMonaco_Basket) March 7, 2024
👑 Mike James is your all-time Euroleague's top scorer 🌟🇲🇨#RocaTeam #EveryGameMatters pic.twitter.com/9LjJAfVEHh
Un exploit d'autant plus retentissant que Mike James est encore bien loin du record de minutes jouées dans la compétition, détenu par Kostas Sloukas avec 9 788 (Mike James en est à 9 173). Mais, aussi fort et bon scoreur soit-il, Mike James court toujours après la plus belle des distinctions, le titre collectif en Euroleague. Déjà présent au Final Four à deux reprises (en 2016 avec Baskonia puis en 2023 avec Monaco), il n'a encore jamais permis à son équipe de dépasser le stade des demi-finales.
9. Une affaire d'agent...
Dans son aventure, aussi excellente est-elle, sur le Rocher, Mike James a tout de même rencontré quelques soucis extra-sportifs. Le plus récent et connu étant celui concernant son contrat pour les saisons 2022-2023 et 2023-2024, qui aurait été ratifié sans la présence, pourtant obligatoire, d'un agent agréé auprès de la FFBB. Si l'AS Monaco a eu beau contester la validité du document, en signalant notamment qu'il ne s'agissait pas du bon exemplaire du contrat, la FFBB n'a rien voulu savoir, et a rapidement distribué les sanctions.
Suite à cela, la Fédération a condamné le club de la Principauté à une grosse amende de 100 000 €. De quoi alourdir encore plus le coût du meneur Américain du côté de Monaco. De son côté, le joueur a été sanctionné d'un mois de suspension avec sursis, et n'a manqué aucune rencontre à cause de cette affaire. Au niveau sportif, cela ne semble pas avoir trop perturbé les Monégasques, qui disputeront les playoffs de Betclic Élite pour le three peat (mais avec une 3e place au classement et sans l'avantage du terrain sur la durée de la post-season) et le Final Four de l'Euroleague pour un premier succès dans la compétition.
10. ... sous fond de grosses sommes d'argent
Dès son arrivée sur le Rocher en 2021, Mike James est entré dans une nouvelle dimension sur le plan financier. Devenu l'homme le mieux payé de l'histoire du basket français dès 2022 avec un salaire de deux millions de dollars par saison - peu ou prou ce qu'il gagnait déjà au CSKA Moscou -, l'Américain a rapidement justifié cet investissement sur le parquet. Après avoir été élu MVP de Betclic Élite (2023) et d'Euroleague (2024), le tout en remportant par deux fois le championnat de France (2023 et 2024), l'Orégonais a vu sa situation déjà on ne peut plus confortable s'améliorer encore davantage.
L'été dernier, Mike James a - de nouveau - signé le contrat le plus lucratif de l'histoire de l'hexagone s'élevant, comme nous l'avions révélé, à 3 millions de dollars net par saison sur trois ans, soit environ 2,8 millions d'euros. À titre de comparaison, c'est plus que la masse salariale de tous les autres clubs du championnat de France hors ASVEL et Paris. Un contrat qu'il dit être son tout dernier en Europe, et qu'il continuera de percevoir jusqu'en 2027 lorsqu'il aura 37 ans...

