[REDIFF] Spécial Limoges – 25 ans après son titre de champion d’Europe, les souffrances de Franck Butter

Pascal Legendre
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Suite à un reportage sur place, nous consacrons toute cette semaine, du dimanche à vendredi, au Limoges CSP. Le club le plus prestigieux, le plus titré et aussi le plus turbulent du basket français, qui possède une saveur unique.

Franck Butter fait partie des champions d’Europe limougeauds de 1993. Il a aujourd’hui 55 ans. Vous pouvez apercevoir sa longue carcasse de 210 cm les soirs de match à Beaublanc mais rarement en ville car l’ancien pivot international est sérieusement handicapé au pied et doit s’appuyer sur une béquille. On s’est donné rendez-vous dans un café proche de la gare des Bénédictins pour qu’il nous raconte sa vie d’avant, de héros, et aussi celle d’aujourd’hui, de souffrance.

« J’ai été recruté par Pierre Dao, qui était au Bataillon de Joinville et qui intégrait Limoges. Je suis natif de Montereau, à côté de Fontainebleau, là où il y avait le BJ. Il est venu discuter avec mes parents. Il les a fait venir trois jours ici pour visiter la ville, les infrastructures, le centre de formation. Ils étaient hébergés à l’hôtel. Vraiment un mec super, Dao. J’avais des problèmes de santé car je grandissais beaucoup et comme j’étais le dernier de la famille, j’étais très chouchouté. J’avais commencé le basket très tard car il ne fallait pas que je me fatigue. Ce fut d’ailleurs un problème sur les terrains car j’avais du mal à me rendre méchant car j’étais très couvé. C’est à force de prendre des coups dans la gueule que j’ai réagi.

J’ai donc intégré le centre de formation du CSP avec Hugues Occansey, Jean-Manuel Sousa, Emile Popo, Olivier Garry, Jean-Philippe Blanchet, Christian Dussoulier. On mettait des doudounes aux clubs de Nationale 2 de l’époque comme La Rochelle. On avait un coach extraordinaire, Fabien Texier, qui était scout en même temps. Ce qui m’a marqué, c’est qu’un jour, il me dit « Franck, reviens en défense. » Je lui réponds que je suis fatigué. Il me met sur le banc et je ne rentre pas de la deuxième mi-temps. Je prends la douche, on monte dans le bus. Fabien me dit de venir le voir. « Qu’est-ce que tu m’as dit sur le terrain ? » « J’étais fatigué, coach. » « Tu a fais quoi avant de faire du basket ? » « Je travaillais en usine. 8h-12h, 14h-17h. » « D’accord. La semaine prochaine, tu fais 8h-12h, 14h-17h au palais des sports. Tu te débrouilles, tu fais des shoots, de la musculation, je passerai. » Je l’ai fait. Le vendredi soir, il me dit « t’es fatigué ? » (Rires).

Quand je suis parti de chez moi, dans La République de Seine-et-Marne, c’était marqué, « Le Limoges CSP en contact avec Franck Butter ». Le club était en Excellence Départementale. Je travaillais à la chaîne. Je faisais des sabots pour les semoirs agricoles. J’en faisais tant à l’heure. Toute la journée. J’avais trois-quart d’heure pour manger, j’amenais ma gamelle. J’avais un CAP d’employé de bureau. J’aurais pu faire autre chose mais comme tous les étés en juillet, août -je ne partais pas en vacances-, je travaillais pour gagner de l’argent, je suis resté en contrat intérimaire jusqu’en décembre et après ils m’ont fait signer mon contrat. J’ai fait ça pendant huit mois.

Mon père, qui était allemand, était menuisier dans cette usine-là, ma mère était femme de ménage. Mon père est arrivé après la guerre clandestinement. Il était rentré dans la Jeunesse Hitlérienne (NDLR : organisation qui, de 1926 à 1945, regroupa les jeunes du Parti Nazi et qui était obligatoire sous peine de lourdes sanctions). Il avait une vingtaine d’années et il a appris le français sur le tas. Il est décédé il y a deux ans, il aurait eu 89 ans. Ma mère est née du côté de Bar-le-Duc. Elle s’appelle Koch. Ça veut dire Cuisinier. Et mon père Butter. Cuisine au Beurre (rires). Mon père a eu son permis à 44 ans. Avant il avait une mobylette. Ils ont eu une voiture très tard et on est parti en vacances très tard. Il faisait 1,80m et ma mère 1,70m. Ma sœur qui a huit ans de plus que moi fait 1,69m, mon frère 1,92m. Et puis moi 2,10m. S’ils en avaient fait un autre, il aurait fait 2,75m (rires) !

Je suis arrivé au boulot et les mecs m’ont dit, « Frank, tu vas au Limoges CSP ? » « Je ne sais pas, j’ai mon boulot ici. » « Vas-y ! » Et quand Pierre Dao est revenu une deuxième fois à la maison, il a posé la question cruciale, « combien voulez-vous qu’il gagne ? » Mon père a dit qu’ils me laissaient partir car sinon j’allais peut-être leur reprocher toute ma vie de ne pas l’avoir fait. Je gagnais 3 250F à l’usine. Mon père a dit « autant. » Pierre Dao a répondu : « 5 000F ». Et il a donné 10 000F au club. J’ai signé comme espoir.

J’avais le poster du Limoges CSP dans ma chambre et trois mois après j’étais avec eux dans le vestiaire. On les avait vus en mars en finale de la Coupe Korac à la TV (NDLR : en direct sur Antenne 2) et je suis arrivé en mai. Il y avait Ed Murphy, Apollo Faye, tout ça. Et à Limoges, tu es vite sollicité. Tu ne payes pas les boîtes de nuit. Quand tu es jeune, ça va vite. C’est bien de savoir d’où tu viens, de galérer un peu avant. Si j’avais eu une vie facile avant de venir ici, j’aurais peut-être été un petit con, enfin un grand con. »

 

« D’un côté, je suis fier d’avoir fait ce que j’ai fait et de l’autre, je suis épuisé. Parfois, je n’en peux plus. Je me dis que je courais comme un lapin. Enfin, un lapin de 2,10m, ça n’existe pas. Sauf à Tchernobyl »

« J’ai pratiquement fait ma carrière que sur une jambe.

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